Pushkar (cette fois c’est la bonne)

La route se déroule devant nous, et elle semble infinie. Aussi beaux que soient les endroits déjà visités, aussi puissantes soient les émotions ressenties, il y a toujours un ailleurs à découvrir. Cet ailleurs sera-t-il meilleur, pire ? Peu importe. Il est ailleurs, et il nous attend. Ainsi, nous quittons Udaipur, mais nous savons que la surprise et la nouveauté sont au programme de la prochaine étape, quel que soit sa durée ou l’empreinte qu’elle nous laissera. Udaipur était-elle belle, enivrante même ? Et alors, laissons une chance à ce qui suivra.

Ce qui suit, c’est Pushkar. D’Udaipur, nous partons en train, en seconde classe supérieure cette fois-ci, et les ventilateurs et les fenêtres ouverts ont peine à brasser la chaleur du Rajasthan. Non pas que nous soyons serrés dans le wagon ; au contraire, les Indiens semblent plutôt vouloir nous éviter ou nous laisser tranquilles. A notre arrivée à la gare d’Ajmer, un flash-back nous a saisi, un frisson nous a parcouru : cela ressemble à Patna, notre pire souvenir lors de notre précédent voyage. Dès notre sortie du hall de la gare encombré de campeurs et de dormeurs, nous sommes assaillis par les rickshaw-wallah et les taxi-wallah qui nous affirment que la gare routière est fermée, et qu’il n’y a plus de bus pour Pushkar. Le cœur battant un instant, nous nous reprenons vite pour leur rire au nez, et leur intimer avec le plus d’aplomb possible de nous y emmener quand même, et que là-bas, on verra bien.

Evidemment, quelques secondes après notre arrivée, un bus passe, le conducteur hurlant : « Pushkaaaar, Pushkaaaaar ». Nous sautons dans le véhicule, et partons dans la nuit pour les 30 et quelques kilomètres de route de montagne qui escalade les flancs de la montagne du Serpent pour passer le col et rejoindre Pushkar ; et comme prévu, nous ne payons que 28 roupies, bien loin des 800 ou 1000 roupies réclamées par les taxi-wallah d’Ajmer. A se demander qui peut tomber dans des pièges aussi grossiers.

La nuit est tombée, et bien tombée, une coupure d’électricité salue notre arrivée dans la ville sainte, aux 400 temples, dont celui de Brahma, l’un des seuls du monde pour ce dieu sans domicile et sans clergé. Munis d’une adresse conseillée par nos Argentins, Hernan et Paula, nous nous mettons, à pied, à la recherche du Narayan Palace. Après moult détours, nous trouvons l’endroit, comme annoncé : chambre pas chère, piscine et… jeunes Israëliens en meute.

Au bout de deux nuits, leur sans-gêne habituel nous chasse et nous nous réfugions juste à côté, au Karma Palace. On a évidemment pensé à la chanson de Radiohead, ce qui était plutôt bon signe. Et effectivement, nous ne pouvons que saluer et remercier du fond du cœur le propriétaire Topaz, le gérant Kamal (Kamuji, pour les intimes) et leur équipe. Leur rencontre, le simple plaisir d’être chez nous en étant chez eux, voilà qui nous a marqué autant que nos errances dans les rues animées qui bordent le lac. La cuisine est à la hauteur de la chaleur et de l’attention qu’on nous témoigne. Sans aucun doute le meilleur accueil en 8 mois de voyage. Au Karma, nous faisons la connaissance de Sam, musicien et antiquaire Anglo-Jamaïcain, et de quelques Israëliens beaucoup plus ouverts et sympathiques que leurs jeunes compatriotes, en particulier Sivan (prononcé Shivani par les Indiens), une habituée de l’Inde, illuminée et lumineuse – échange, partage, bonnes énergies au menu.

Avec Kamal, et sa flopée d’amis, les conversations ont roulé sur à peu près tous les sujets, de ses origines brahmines, à ses multiples voyages en Europe et au Maroc, à sa connaissance de l’Inde où il a été à peu près partout, fait tous les métiers et qu’il connaît comme sa poche, avec sa beauté et ses défauts – mépris, intolérance, violence – ; ou son mariage, puis son divorce avec une Parsie, son choix de quitter sa caste et d’envoyer bouler les traditions, sa vision du monde (shanti, shanti) et des Hommes. D’intéressantes lumières.

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Mais, même s’il rejette cet héritage, il est bien un fils de Pushkar. Et cette ville, étant ce qu’elle est, c’est-à-dire une petite sœur de Varanasi, en possède presque tous les atours. Même grouillement, même niveau d’intensité touristique, même ferveur dans les temples et sur les ghats qui cernent le lac, même insalubrité, même hippies et autres éveillés qui rôdent en robe et en barbe entre les ghats et les échoppes. Deuxième ville sainte de l’hindouisme, elle est restée à taille humaine (15000 habitants) et a su se passer de crises de folie des grandeurs. On a plaisir à se perdre dans ses rues étroites, à suivre son instinct pour dénicher les temples, les chapelles et les autels semés partout comme au hasard. Plaisir aussi à en sortir et à marcher dans la campagne. Avons-nous dit campagne ? C’est en fait le désert qui pousse aux portes et dans lequel nous allons laisser quelques traces, au milieu des pas de dromadaires. Au soir, les ghats baignent dans une lumière ocre et rasante, et mantras et sutras s’élèvent des quatre coins de l’horizon, au milieu des aboiements des chiens et des vrombissements des presse-fruits.

On a vite fait le tour de l’endroit, on a vite trouvé une petite cantine au milieu de cette ville végétalienne, et, après tout, quel mal y a-t-il à rester à l’hôtel pour écrire, lire et refaire le monde autour d’une bière interdite ? Les jours ont passé, trop vite ou trop lentement. Nous commençons à sentir l’Inde bouger sous notre peau ; nous sentons le désir d’y rester davantage, nous regrettons de n’avoir qu’un mois devant nous. Malgré tous ses défauts, Pushkar est de ces lieux où l’on se sent bien, où l’on aimerait rester davantage, non parce qu’ils sont plus beaux ou plus intéressants que les autres, mais simplement par ce que l’air qu’on y respire, ne serait-ce que métaphoriquement, est un peu pur.

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Une réponse à “Pushkar (cette fois c’est la bonne)

  1. Un bien beau début de voyage. Cette gamine bleue est absolument superbe. Ça manque un peu dans vos photos, de chair et de gens, mais bien sûr c’est subalterne. On pense bien bien à vous,
    François & Chantal

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